mardi 15 novembre 2011

Le charme des lacunes

Alors que je lisais Boule de suif, nouvelle bien connue de Maupassant parue en 1880, une réflexion m'est venue à l'esprit : pour qui écrivons-nous ? Des lecteurs, certes, mais de quel acabit ? Les contemporains ? La postérité ? Ceux de notre culture ? Ou encore pour tous et chacun, sans exception ? Car dans Boule de suif, il y a de nombreuses références à la guerre franco-allemande de 1870-71, ainsi qu'à l'empereur Napoléon III, lesquelles m'ont semblé nébuleuses. Et nul doute qu'elles étaient familières aux lecteurs de l'époque. Je me suis donc demandé si le texte de Maupassant avait mal vieilli, s'il fallait être mieux instruit d'un point de vue historique pour mieux le comprendre ou si j'étais simplement un médiocre lecteur.


Or, ne pas saisir tous les éléments d'une histoire a beau agacer le philosophe en moi, cela crée une ambiance particulière qui n'est pas pour me déplaire. Comme si la complexité d'une histoire lui conférait une certaine crédibilité, peut-être illusoire mais tout de même agréable.

3 commentaires:

Pat a dit…

Thomas disch (334, recueil de nouvelles)

...si tu aimes la complexité. Assez difficile comme lecture, l'auteur a une culture plutôt vaste, intellectuel.

Jean-Louis Trudel a dit…

La science-fiction cherche justement à reproduire cet effet en créant une illusion de cohérence et de complexité isolée de toute nécessité d'un référent réel. Bref, les auteurs de science-fiction ont compris (du moins, ceux qui ne remplissent pas des douzaines de cahiers de notes pour composer l'encyclopédie complète d'un monde fictif) que cet effet est en soi intéressant.

David Hébert a dit…

Pat : merci pour la suggestion ! :)

Jean-Louis : je suis bien d'accord avec ce que tu affirmes. Il n'y a qu'à songer à l'idée d'hyperespace, qui peut sembler tordue à première vue, quoiqu'elle paraisse plausible dans certains récits. Il s'agit selon moi d'une question d'atmosphère dans laquelle se tisse une trame narrative, telle une couleur d'arrière-plan qui stimule l'imagination.