mercredi 1 juillet 2009

Les racines de la logique

Dernièrement, je me suis intéressé à un sujet qui semblera peut-être froid pour certains, mais lequel, selon moi, demeure intéressant, utile et très dynamique selon la manière dont il est abordé. Il s'agit de la logique, et plus particulièrement de sa naissance dans la culture. La logique formelle telle que nous la connaissons provient de la philosophie d'Aristote, et plus particulièrement de son œuvre intitulée l'Organon, qui signifie "l'instrument".
Mais il y a eu de la logique avant Aristote, notamment chez le philosophe Héraclite, qui, dans sa théorie du devenir et de la fuite du temps, a prétendu qu'un objet ne pouvait exister de manière stable et immuable, puisqu'il pouvait être renversé en son contraire ; par exemple, la couleur d'une feuille blanche qui, après avoir été brûlée, devient noire. Cette affirmation des contraires est à la base du principe logique de contradiction, ce à quoi Parménide s'opposera. Selon ce dernier, l'être est, et le non-être n'est pas, de sorte qu'un objet ne peut être son contraire, puisqu'il est ainsi et ne peut être autrement. Les objets sont perçus comme permanents, et chacun d'eux possède sa propre identité. Contre Héraclite, Parménide mettra donc de l'avant le principe de non-contradiction, une chose étant elle-même, et non son contraire. Platon viendra par la suite concilier les deux positions, qu'il juge incomplètes en elles-mêmes. Dans Le Sophiste, il soutient que l' « Être » ne peut se déployer dans le monde que par l'entremise du « Mouvement » et du « Repos », aussi paradoxal que cela puisse sembler. Jusqu'ici, la logique s'est développée de manière embryonnaire, puisqu'elle n'en était encore qu'à un état pré-abstrait.
C'est Aristote qui créera une logique autonome, purement abstraite. Selon lui, la connaissance naît de l'expérience dans le monde réel, et les substances qui constituent la réalité s'impriment dans l'esprit sous forme de mots et de concepts. L'être humain apprend alors à jouer avec les mots, créant de la sorte des propositions, et il en fait de même avec les concepts, avec lesquels il émet des jugements. Enfin, avec les propositions, l'homme construit des argumentations, et avec les jugements, des raisonnements.
La philosophie d'Aristote, considérée généralement comme un réalisme, oppose donc une réalité conceptuelle, où s'entremêlent les jugements et les raisonnements, au langage symbolique, dans lequel se trouve les propositions et les argumentations. Ainsi, il existe une réalité (la nature), et un langage qui le représente (le langage humain, que je préfère désigner sous le terme de culture). Ce langage, qui est par ailleurs abstrait et à caractère instrumental, fonde ce que nous appelons la logique formelle, et c'est ici que se trouve la véritable origine de la logique.
Pour terminer ce billet, je mentionnerai que cette logique est avant tout un instrument de déduction qui se base sur des inductions, lesquelles proviennent d'observations faites dans le monde empirique. L'apprentissage par induction, qui se produit au cours des expériences dans la réalité, peut être appelée la logique matérielle, par opposition à la logique formelle qui s'appuie sur elle.
Il est à mon avis dommage que certains philosophes rejettent la logique telle que connue depuis Aristote, et tout aussi dommage que d'autres l'aient considérée comme la seule chose qui vaille en philosophie. Car la séparation de la philosophie continentale de celle analytique, la première étant beaucoup plus « classique », tandis que la seconde accorde une trop grande importance au langage et à la logique ; cette séparation éloigne la réalité naturelle de l'instrument qui permet de l'exprimer, soit le langage symbolique. C'est pourquoi plusieurs philosophes ont écrit tant de jugements erronés, tandis que d'autres semblent n'avoir jamais eu les pieds sur terre.
Et s'il existait une philosophie à la fois réaliste, poétique et logique ?

mercredi 24 juin 2009

Quelques nouvelles...

Fidèle à mes habitudes, j'écris un billet à la fin du mois, et d'autres billets suivront, jusqu'à ce que je cesse d'écrire sur ce blog et que je recommence à nouveau le mois prochain... Mais qu'importe ? La session d'été a été plutôt difficile en raison du chevauchement avec la session d'hiver, mais voilà qu'elle est sur le point de se terminer (joie!). Ces dernières semaines auront toutefois été enrichissantes, puisque j'ai découvert la pensée philosophique de l'Inde, qui m'apparaît très différente de la philosophie occidentale. En effet, les Indiens ont écrit de nombreux ouvrages sous forme d'aphorismes, le tout s'étalant sur plusieurs millénaires, et de nombreuses écoles indiennes méritent qu'on s'y intéresse, par exemple le Nyâya (une école de logique), ou encore les Cârvâka (les matérialistes indiens). De plus, il est intéressant de constater qu'en Inde, la tradition orale est davantage valorisée, au détriment de l'écrit. Ici, les intellectuels se pâment devant le Discours de la méthode de Descartes, non pas pour y découvrir un certain point de vue du monde (ce que je trouve légitime), mais parce qu'il s'agit d'un livre reconnu par la tradition philosophique, qui brille d'une aura mystique au nom de « je-ne-sais-quoi ». En Inde, les Véda et les autres œuvres comportent des aphorismes qui peuvent être interprétés de diverses façons, et qui servent simplement à discuter, à débattre et à réfléchir, l'instant d'une joute verbale avec d'autres individus. Ceci m'apparaît plutôt intéressant, puisque l'aspect oral de la philosophie est relativement délaissé en Occident depuis bien longtemps. De plus, j'ai récemment lu L'art d'avoir toujours raison de Schopenhauer, qui semble également reprocher cette omission de la discussion philosophique. Il y a certainement matière à s'interroger sur cet attachement particulier que les philosophes ont à l'égard des œuvres écrites.
Par ailleurs, j'envisage d'écrire cet été, et de lire, bien entendu. J'en profiterai donc pour publier quelques billets sur ce blog pour partager mes découvertes et mes réflexions.

mercredi 17 juin 2009

Sondage Boréal -- Dernière semaine

Plus qu'une semaine pour remplir le sondage (si ce n'est pas déjà fait) du prochain Boréal. Le questionnaire est disponible ici :

http://congresboreal.ca/sondage.php

Merci de votre contribution !


L'équipe de Boréal 2009

dimanche 31 mai 2009

Le doute et la philosophie

Tel que mentionné dans mon précédent billet, il m'apparaît certain que la philosophie commence avec le langage, puisque la pensée ne va pas sans un système de mots, c'est-à-dire sans une structure syntaxique et sémantique qui peut être transmise par l'écrit ou la parole. Toutefois, le doute me semble tout aussi important que le langage pour qu'il y ait une philosophie. N'est-ce pas par le fait qu'il doute qu'un être humain tend à s'interroger ? Le philosophe cesse alors de prendre pour acquis ce qu'il connaît, cherchant plutôt à comprendre les fondements qui permettraient de justifier ce qui l'entoure.
Selon moi, il n'est pourtant aucunement nécessaire de douter de manière radicale, puisqu'il est absurde de s'interroger sur ce qui ne peut se traduire en une pensée. Ainsi, les affects et les percepts – ce qui est ressenti et perçu – ne peuvent être mis en doute ; il est effectivement insensé de croire qu'un « Malin Génie » pourrait berner les êtres humains. Quant aux fous et aux rêveurs, leurs perceptions du monde sont réelles en elles-mêmes, bien que leurs points de vue soient affectés par rapport à autrui. Seuls les concepts et l'intellect méritent d'être remis en question, c'est-à-dire ce qui est proprement humain, et donc artificiel.

samedi 30 mai 2009

La philosophie et le langage

Certains philosophes ont soutenu que la philosophie commençait avec l'étonnement, tandis que d'autres ont trouvé en la souffrance la cause première de la pensée philosophique. Pour ma part, je suis incapable de concevoir une raison unique qui pousserait un être humain à réfléchir et à souhaiter mettre sur papier des idées selon une méthode propre au domaine de la philosophie. Je peux néanmoins affirmer une chose, qui me semble des plus certaines : la philosophie présuppose un langage par signes et par symboles, et peut-être devrais-je affirmer qu'un tel langage ne peut qu'être propre à l'être humain. Il serait tentant de penser qu'une philosophie qui se situerait le plus près possible du monde réel devrait avoir pour origine la réalité en elle-même, c'est-à-dire le vécu sensible, tel que tout être animal l'expérimente. Ce n'est malheureusement pas aussi simple, puisqu'il est impossible pour le philosophe – de même que pour le scientifique – de contourner le langage, qu'il soit pensé, parlé ou écrit. Car dès qu'il y a une pensée, il y a un langage, ce qui est également vrai pour la parole et l'écrit, qui sont par ailleurs inséparables de la pensée, puisqu'ils en dépendent.

vendredi 29 mai 2009

Sondage Boréal 2009

Il est maintenant possible de voter pour la programmation du congrès Boréal 2009. Pour ce faire, vous pouvez remplir le formulaire de sondage disponible ici : http://congresboreal.ca/sondage.php.
De plus, le tarif spécial d'entrée de 15$ pour les deux jours a été prolongé jusqu'au 31 juillet. Coût à la porte : 20$ adulte, 15$ étudiant (entrée gratuite pour les inscrits d'Anticipation).
Au plaisir de vous rencontrer au congrès !

L'équipe de Boréal 2009

mercredi 27 mai 2009

Éloge de la simplicité

Il y a longtemps que je n'ai rien écrit sur ce blog, la principale raison étant le manque de temps suite au début de la session d'été qui chevauchait avec la session d'hiver. Voilà qu'enfin je peux écrire pour moi-même ! L'écriture m'a beaucoup manqué ces derniers temps. J'en profite donc pour redonner vie à ce blog, bien que je n'aie rien de vraiment substantiel à y écrire pour l'instant. Ces jours-ci, je réfléchis néanmoins sur certains sujets particuliers, y compris celui de la simplicité.
Je pense que la simplicité n'est nullement à craindre, et qu'elle constitue même un excellent moyen pour s'exercer à écrire. Il est périlleux de se plonger directement dans la complexité des idées et des mots lorsqu'un minimum de maîtrise de l'écriture n'est pas acquis. Car comment est-il possible d'écrire un texte satisfaisant sans même avoir expérimenté les idées simples ? Il est d'abord nécessaire d'écrire avec simplicité pour ensuite maîtriser l'esthétique et la fluidité des mots et des phrases. Le lecteur doit être séduit par la poésie du texte, peu importe s'il s'agit de littérature, de philosophie ou d'un traité de science. Car à quoi bon écrire s'il en résulte un texte saccadé qui provoque des migraines ? Peu importe la valeur des idées transmises à travers les écrits, la qualité de la plume m'apparaît primordiale. Écrire est un art, et pour maîtriser l'artifice des mots, il est nécessaire d'apprendre à bien écrire, c'est-à-dire à créer des textes poétiques et fluides.