
Le spectacle est en grande partie inspiré des toiles de Francis Bacon, lesquelles sont reconnues pour leur côté sombre et morbide, les personnages y étant souvent présentés le visage tordu et la bouche béante, comme s'ils exprimaient un malaise existentiel irrémédiable. Or, les personnages de Shudder expriment également un tel mal de vivre, et ce de différentes manières. Ils se livrent à des danses parfois fluides, parfois saccadées, entremêlées de hurlements et de souffles étouffés qui rappellent fortement le théâtre de la cruauté que valorisait Antonin Artaud. Les trois personnages de la pièce, interprétés par Susanna Hood, Dan Wild et Alanna Kraaijeveld, ne cessent tout au long du spectacle de s'amuser avec leurs perruques, qu'ils jettent sur le sol après les avoir portées fièrement, ce qui n'est pas sans évoquer les divers artifices qui abondent dans la société humaine. Et que dire de la scène où ils se battent tous trois d'une manière grotesque, figeant sur place tous les dix secondes en vue d'être photographiés, un large sourire étirant dès lors leurs lèvres tandis qu'ils fixent le public avec un regard empreint d'ironie ? Un pur délice...


Shudder s'avère en définitive un spectacle réussi, les divers éléments qui en constituent l'ensemble s'harmonisant parfaitement, malgré leurs caractères hétéroclites, l'absurde laissant place au sens, le bruit au silence... Sans compter que le titre représente à merveille l'ensemble du spectacle, qui ne peut que faire frissonner le spectateur en raison de la rage et de la solitude qui y règnent du début à la fin.