mercredi 24 juin 2009

Quelques nouvelles...

Fidèle à mes habitudes, j'écris un billet à la fin du mois, et d'autres billets suivront, jusqu'à ce que je cesse d'écrire sur ce blog et que je recommence à nouveau le mois prochain... Mais qu'importe ? La session d'été a été plutôt difficile en raison du chevauchement avec la session d'hiver, mais voilà qu'elle est sur le point de se terminer (joie!). Ces dernières semaines auront toutefois été enrichissantes, puisque j'ai découvert la pensée philosophique de l'Inde, qui m'apparaît très différente de la philosophie occidentale. En effet, les Indiens ont écrit de nombreux ouvrages sous forme d'aphorismes, le tout s'étalant sur plusieurs millénaires, et de nombreuses écoles indiennes méritent qu'on s'y intéresse, par exemple le Nyâya (une école de logique), ou encore les Cârvâka (les matérialistes indiens). De plus, il est intéressant de constater qu'en Inde, la tradition orale est davantage valorisée, au détriment de l'écrit. Ici, les intellectuels se pâment devant le Discours de la méthode de Descartes, non pas pour y découvrir un certain point de vue du monde (ce que je trouve légitime), mais parce qu'il s'agit d'un livre reconnu par la tradition philosophique, qui brille d'une aura mystique au nom de « je-ne-sais-quoi ». En Inde, les Véda et les autres œuvres comportent des aphorismes qui peuvent être interprétés de diverses façons, et qui servent simplement à discuter, à débattre et à réfléchir, l'instant d'une joute verbale avec d'autres individus. Ceci m'apparaît plutôt intéressant, puisque l'aspect oral de la philosophie est relativement délaissé en Occident depuis bien longtemps. De plus, j'ai récemment lu L'art d'avoir toujours raison de Schopenhauer, qui semble également reprocher cette omission de la discussion philosophique. Il y a certainement matière à s'interroger sur cet attachement particulier que les philosophes ont à l'égard des œuvres écrites.
Par ailleurs, j'envisage d'écrire cet été, et de lire, bien entendu. J'en profiterai donc pour publier quelques billets sur ce blog pour partager mes découvertes et mes réflexions.

mercredi 17 juin 2009

Sondage Boréal -- Dernière semaine

Plus qu'une semaine pour remplir le sondage (si ce n'est pas déjà fait) du prochain Boréal. Le questionnaire est disponible ici :

http://congresboreal.ca/sondage.php

Merci de votre contribution !


L'équipe de Boréal 2009

dimanche 31 mai 2009

Le doute et la philosophie

Tel que mentionné dans mon précédent billet, il m'apparaît certain que la philosophie commence avec le langage, puisque la pensée ne va pas sans un système de mots, c'est-à-dire sans une structure syntaxique et sémantique qui peut être transmise par l'écrit ou la parole. Toutefois, le doute me semble tout aussi important que le langage pour qu'il y ait une philosophie. N'est-ce pas par le fait qu'il doute qu'un être humain tend à s'interroger ? Le philosophe cesse alors de prendre pour acquis ce qu'il connaît, cherchant plutôt à comprendre les fondements qui permettraient de justifier ce qui l'entoure.
Selon moi, il n'est pourtant aucunement nécessaire de douter de manière radicale, puisqu'il est absurde de s'interroger sur ce qui ne peut se traduire en une pensée. Ainsi, les affects et les percepts – ce qui est ressenti et perçu – ne peuvent être mis en doute ; il est effectivement insensé de croire qu'un « Malin Génie » pourrait berner les êtres humains. Quant aux fous et aux rêveurs, leurs perceptions du monde sont réelles en elles-mêmes, bien que leurs points de vue soient affectés par rapport à autrui. Seuls les concepts et l'intellect méritent d'être remis en question, c'est-à-dire ce qui est proprement humain, et donc artificiel.

samedi 30 mai 2009

La philosophie et le langage

Certains philosophes ont soutenu que la philosophie commençait avec l'étonnement, tandis que d'autres ont trouvé en la souffrance la cause première de la pensée philosophique. Pour ma part, je suis incapable de concevoir une raison unique qui pousserait un être humain à réfléchir et à souhaiter mettre sur papier des idées selon une méthode propre au domaine de la philosophie. Je peux néanmoins affirmer une chose, qui me semble des plus certaines : la philosophie présuppose un langage par signes et par symboles, et peut-être devrais-je affirmer qu'un tel langage ne peut qu'être propre à l'être humain. Il serait tentant de penser qu'une philosophie qui se situerait le plus près possible du monde réel devrait avoir pour origine la réalité en elle-même, c'est-à-dire le vécu sensible, tel que tout être animal l'expérimente. Ce n'est malheureusement pas aussi simple, puisqu'il est impossible pour le philosophe – de même que pour le scientifique – de contourner le langage, qu'il soit pensé, parlé ou écrit. Car dès qu'il y a une pensée, il y a un langage, ce qui est également vrai pour la parole et l'écrit, qui sont par ailleurs inséparables de la pensée, puisqu'ils en dépendent.

vendredi 29 mai 2009

Sondage Boréal 2009

Il est maintenant possible de voter pour la programmation du congrès Boréal 2009. Pour ce faire, vous pouvez remplir le formulaire de sondage disponible ici : http://congresboreal.ca/sondage.php.
De plus, le tarif spécial d'entrée de 15$ pour les deux jours a été prolongé jusqu'au 31 juillet. Coût à la porte : 20$ adulte, 15$ étudiant (entrée gratuite pour les inscrits d'Anticipation).
Au plaisir de vous rencontrer au congrès !

L'équipe de Boréal 2009

mercredi 27 mai 2009

Éloge de la simplicité

Il y a longtemps que je n'ai rien écrit sur ce blog, la principale raison étant le manque de temps suite au début de la session d'été qui chevauchait avec la session d'hiver. Voilà qu'enfin je peux écrire pour moi-même ! L'écriture m'a beaucoup manqué ces derniers temps. J'en profite donc pour redonner vie à ce blog, bien que je n'aie rien de vraiment substantiel à y écrire pour l'instant. Ces jours-ci, je réfléchis néanmoins sur certains sujets particuliers, y compris celui de la simplicité.
Je pense que la simplicité n'est nullement à craindre, et qu'elle constitue même un excellent moyen pour s'exercer à écrire. Il est périlleux de se plonger directement dans la complexité des idées et des mots lorsqu'un minimum de maîtrise de l'écriture n'est pas acquis. Car comment est-il possible d'écrire un texte satisfaisant sans même avoir expérimenté les idées simples ? Il est d'abord nécessaire d'écrire avec simplicité pour ensuite maîtriser l'esthétique et la fluidité des mots et des phrases. Le lecteur doit être séduit par la poésie du texte, peu importe s'il s'agit de littérature, de philosophie ou d'un traité de science. Car à quoi bon écrire s'il en résulte un texte saccadé qui provoque des migraines ? Peu importe la valeur des idées transmises à travers les écrits, la qualité de la plume m'apparaît primordiale. Écrire est un art, et pour maîtriser l'artifice des mots, il est nécessaire d'apprendre à bien écrire, c'est-à-dire à créer des textes poétiques et fluides.

mardi 28 avril 2009

Lévinas et la philosophie ?

Il y a un peu plus d'un mois, j'écrivais un billet sur l'écrivain et philosophe français Maurice Blanchot (sans compter l'excellent billet d'Ariane). Aujourd'hui, j'écris sur celui qui fut son ami, celui dont la pensée se rapprochait de la sienne, tout en s'en éloignant. En effet, la philosophie d'Emmanuel Lévinas traite, à l'instar de celle de Blanchot, de la littérature, bien que ce ne soit pas central dans sa pensée. Car la philosophie de Lévinas en est une de l'Autre, plus précisément du visage de l'Autre. J'ai récemment écrit un billet sur le visage chez Deleuze, mais cette pensée s'éloigne de celle de Lévinas, où le visage joue un rôle tout différent. De quelle manière ce dernier entendait-il le visage ? Qu'en est-il de l'Autre ? De la trace de l'Autre ?
Pour mieux comprendre la philosophie de Lévinas, il est nécessaire de commencer avec le concept du Moi. Ce concept est l'identification par excellence, en plus d'être pur égoïsme, puisque tout ce qui est hors du moi est considéré par le Moi comme pour moi. Mais ce qui est hors du moi peut également être considéré comme étranger au moi, une sorte d'altérité qui possède un sens. À son tour, le sens est invisible, dissimulé sous formes de traces imperceptibles : traces du passé qui peuvent apparaître et enfin se dévoiler à travers le langage, la culture, l'histoire, de telle sorte que le moi, qui est le Même, prend conscience de l'existence de l'Autre, de l'extérieur à soi. Ainsi, la signification, c'est-à-dire le sens caché de l'être, est enfin donnée à l'individu, qui devient du même coup idéaliste. Et cette prise de conscience de l'Autre constitue le point central de la philosophie de Lévinas, qui affirme que le moi égoïste, immanent, autonome et athée doit être remis en question.
Par l'entremise de la prise de conscience de l'Autre, de l'étranger, de ce qui est hors du moi, surgit la possibilité de la transcendance, le pouvoir de voir au-delà du simple donné empirique, le monde terrestre étant mis de côté au profit d'un sens, d'un monde culturel où l'intersubjectivité domine grâce à la communication. Et, selon Lévinas, lorsque le Moi est remis en question par lui-même, il effectue un mouvement du Même vers l'Autre, c'est-à-dire qu'il délaisse son propre égoïsme pour se dévouer à l'Autre dans une générosité radicale, et ce de manière irréversible, à l'instar d'Abraham qui quittât à jamais sa patrie pour une terre inconnue. De telle sorte que le Moi abandonne tous ses besoins, préférant agir en fonction d'autrui et pour autrui, mouvement vers l'étranger que Lévinas nomme la liturgie. Cette dernière constitue l'éthique même...
Par la suite, Lévinas oppose le besoin et le désir. Car le Moi égoïste agit pour ses besoins, alors que l'individu moral ou éthique ne désire qu'Autrui, ce qui crée la socialité, la communauté, point où l'Autre se modifie en Même (celui de la société). Lorsque l'individu se donne à Autrui, il se vide nécessairement de lui-même au profit d'une culture, d'un langage, d'un art à travers lequel il s'exprime et se dévoile. Mais en se donnant ainsi à une culture, son Moi est bousculé et dérangé, puisqu'il nie son corps, se tournant vers ce monde abstrait où apparaît une signification qui se montre en tant que visage. De sorte que le visage consiste en cette entité qui visite le Moi, qui le perce par sa parole, et qui le bouscule afin d'obtenir ses faveurs. Et le Moi qui se dévoue au visage le fait en toute humilité, au cœur d'une liturgie qui lui ordonne de remettre son être immanent en question dans le but de toujours agir en fonction des autres. De cette manière, le Moi se fait imposer une responsabilité, celle de se rendre impuissant face à soi-même pour n'accorder de l'importance qu'à autrui...
Ce résumé de la pensée de Lévinas est peut-être grossier, mais il permet de comprendre (du moins je crois) les fondements de sa philosophie. Si j'ai écrit un billet sur Blanchot dans lequel j'affirmais mon intérêt à l'égard de sa pensée philosophique et de son style d'écriture, je ne peux en faire autant pour son cher ami... La pensée de Lévinas m'apparaît comme un recul de la philosophie. Pourquoi ? Parce qu'elle s'expose comme une pensée contre-nature, qui rejette le corps propre au profit d'une culture qui est mise sur un piédestal. Je ne rejette aucunement le langage, la culture et l'art, mais il va de soi que notre égoïsme, s'il est nécessaire de voir un ordre dans le cours des choses, ne peut qu'être mis au premier plan, avant même les symboles et les significations de toutes sortes. J'ai l'impression en lisant Lévinas qu'il sombre dans le monde intelligible dont faisait mention Platon, ou encore qu'il valorise l'Intellect d'Aristote, malgré les arguments difficilement réfutables de certains empiristes modernes, ou encore des philosophes héritiers de Kant, pour qui seuls les phénomènes peuvent être connus sous la forme d'images représentées, les choses en elles-mêmes demeurant inconnues... Non seulement Lévinas nie tout cela, mais il affirme surpasser le nihilisme, ce concept nietzschéen qui signifie que les individus, en niant leur corps, leurs passions et leurs instincts, préfèrent s'abandonner au profit d'un idéal grégaire, c'est-à-dire d'une religion ou encore d'une communauté sociale. Aurait-il mal compris Nietzsche ? Souhaitait-t-il seulement incorporer les propos philosophiques des autres afin d'en faire des pensées "judéo-chrétiennes" ? Car Lévinas était effectivement chrétien, et sans aucune subtilité, puisqu'il l'affirme dans ses œuvres, où Dieu prend une place importante.