vendredi 27 mai 2011

Le pianiste des nocturnes

Lorsque l'on associe les mots « musique » et « romantisme », il est difficile de ne pas songer à Frédéric Chopin, compositeur polonais ayant vécu une grande partie de sa vie en France, et dont l'œuvre n'a d'égale que celles de ses successeurs. Il n'y a qu'à penser à Franz Liszt ou à Claude Debussy, qui ont créé leur musique dans le sillage de celui qui fut durant un temps l'amoureux de George Sand...
La particularité des compositions de Chopin réside dans leur grande liberté, de même que dans leur aspect déconstruit qui les distingue de la sonate, forme à la mode à cette époque. Alors que tout était calculé de manière plus ou moins symétrique durant la période classique -- mise à part peut-être chez Beethoven, qui a opéré une certaine transition entre la musique classique et romantique --, Chopin s'est lancé dans une forme libre de la sonate, qu'il nommait « nocturne », au grand désarroi de ses maîtres. En effet, ses premières compositions libres ont suscité la moquerie de bien des traditionalistes de la musique (rien de bien nouveau...). Et pourtant, nombreux furent ceux qui accueillirent les compositions de celui qui se limitait au seul piano, bien qu'il ait tenté quelques concertos. Et que dire des jeunes filles qui se pâmaient d'admiration pour ses œuvres, souhaitant prendre des leçons avec celui qui n'avait de véritable amour que pour l'art musical ?


Si je consacre un billet à Chopin, c'est parce que sa musique est à mes yeux l'une des plus émouvantes qui soit, d'autant plus qu'elle fait partie de mon quotidien depuis bien des années. Un caractère sombre et mélancolique se dégage de chacune de ses compositions, qui sont tantôt d'une lenteur voluptueuse, tantôt d'une fougue impétueuse qui ne peut laisser indifférent. Son œuvre regorge d'une énergie passionnée qui n'a rien à voir avec l'individu qu'il fut : morne, tuberculeux, taciturne, ainsi qu'en proie à un profond désespoir qui le rongeait sans cesse.
Il est d'ailleurs étonnant que, peu de temps avant sa mort prématurée (à l'âge de 39 ans), Chopin ait composé l'une des pièces les plus véhémentes de toute sa carrière : sa fameuse Fantaisie impromptu, dévoilée au public à titre posthume. J'en profite d'ailleurs pour clore ce billet sur cette magnifique composition, que je vous invite à écouter afin d'en admirer les sonorités vibrantes et envoûtantes. Et puisqu'il n'existe que deux photographies connues du fameux compositeur, je mets ici la seconde, qui révèle un être grave, ténébreux -- bref un homme qui n'entendait visiblement pas à rire !...

mercredi 25 mai 2011

Un peu de poésie... (8)

Cher Alfred de Musset – mon frère de débauche ! –
romantique poète, ironique et cinglant,
ton âme de dandy et ton cœur divaguant
font frémir de terreur les amours un peu gauches.

Mais rien n’est plus prenant que les exhalaisons
de cette chair rosée au goût noir et exquis ;
rien n’est plus enlevant que ces lèvres meurtries
par la flamme du risque au-dessous de ces monts.

De Vénus, de Circé, seins culs ou longs regards,
la danse en vaut l’ivresse et le bris du flacon.

Ceux qui, par un malheur ou par quelques sermons
sont privés de l’orgasme et des baisers pervers ;
qu’ils fassent comme toi : qu’ils sombrent dans l'amer,
au creux des tremblements – aspirant au départ…

samedi 7 mai 2011

Programmation Boréal 2011

La programmation de Boréal 2011 est maintenant en ligne sur le site officiel du congrès : juste ici

Quelques panélistes s'ajouteront à la version finale.


L'affiche officiel, créée par Gabrielle Leblanc

vendredi 1 avril 2011

Un peu de poésie... (7)

il est parfois des spectres qui renaissent
soufflés par des vents nouveaux – des lèvres nouvelles
ou encore de ces yeux si cruels et charmants
d’un aura vital empreint de douceur
ennemi du néant de l’essence morbide

et ces êtres de la vie qui en font même leur science
gribouillent des dons sublimes en arrachant les morts de leur bourbier
de leurs mondes souterrains – ô tombes souriantes

mais il est de ces âmes qui se détachent de leur propre noirceur
tel un narcisse crachant dans l’eau
rigolant à la vue des ondes qui l’embrouillent

c’est ainsi que la folie se change en horizon
que l’amour séduit les ectoplasmes en les réincarnant
quant à autrui – dans la fange il se nourrit
hanté par les ressuscités au rire cristallin

vendredi 11 mars 2011

L'homme à la tête de chou mis en danse...


Il y a de ces gens qui, parfois, suscitent en nous un vif intérêt, voire une espèce de fascination entremêlée d'une profonde admiration. Des figures culturelles comme Baudelaire, Nietzsche, ou encore Chopin ont, à certaines époques de ma vie, exercé une influence de cet ordre sur ma personne. Or, depuis près d'un an, c'est Serge Gainsbourg qui fut pour moi une source d'inspiration, non pas tant en raison de la sortie du film Gainsbourg, vie héroïque (à la qualité très contestable) que par quelques évènements qui m'ont amené à découvrir sa musique, sa personnalité et sa vie.
Or, à ce moment-là, par un heureux concours de circonstances, les vingt ans de sa disparition se rapprochaient petit à petit ; en effet, Gainsbourg a succombé à une crise cardiaque le 2 mars 1991. Divers hommages lui ont ainsi été rendu ces dernières semaines ; parmi l'un d'eux, le spectacle de danse intitulé L'homme à la tête de chou, basé sur l'album éponyme, rend compte à merveille du grand respect qu'on attribue à son œuvre depuis déjà quelques décennies. D'autant plus que du 4 au 13 mars, le spectacle se produit tous les soirs à la Place des Arts, et ma copine a eu l'excellente idée de m'y amener en guise de cadeau d'anniversaire. C'est donc avec un bel enthousiasme que j'ai pu apprécier cette énième représentation du spectacle, qui fut plutôt bien applaudi par la critique.


Dès l'introduction de la pièce, un personnage s'approche d'une chaise, seul objet qui revêt une grande importance du début à la fin. L'homme, qui représente manifestement Gainsbourg de par la manière qu'il est accoutré, s'imprègne d'une sorte d'aura qui semble émaner de la chaise ; après quoi les autres danseurs surgissent tour à tour de derrière le rideau pour aussitôt envahir la scène et absorber eux aussi cette énergie mystérieuse qui prépare les chorégraphies à venir. La chanson L'homme à la tête de chou surgit alors des haut-parleurs avec une orchestration quelque peu transformée ainsi que la voix chaude d'Alain Bashung, qui rappelle fortement celle de Gainsbourg. Il est d'autant plus agréable d'entendre la narration sur cette musique rénovée qu'il s'avère sympathique qu'elle provienne d'un ancien ami du compositeur, les deux hommes ayant bu maintes rasades de whisky ensemble.
En ce qui concerne la musique en elle-même, il est à noter que L'homme à la tête de chou est le quatrième album-concept de Gainsbourg. Il s'agit en fait de l'histoire d'un homme complexé qui tombe amoureux de Marilou, une jeune shampouineuse, qu'il finit par tuer à coups d'extincteur sous l'impulsion d'une rage empreinte de jalousie. «Brandissant le cylindre d'acier je frappe paf et Marilou se met à geindre. De son crâne fendu s'échappe un sang vermeil identique au rouge sanglant de l'appareil.» Cet album-concept, paru le 18 novembre 1976, a pris un certain temps avant de devenir un franc succès. Le spectacle de danse, dont les chorégraphies sont l'œuvre de Jean-Claude Gallotta, prouve néanmoins que L'homme à la tête de chou a une certaine importance dans la culture française.


Les chorégraphies enlevantes se règlent parfaitement bien à la musique et sont d'une originalité indéniable. Une atmosphère érotique digne de l'œuvre de Gainsbourg enveloppe le spectacle, tant en raison de la quasi-nudité des personnages (sans compter la nudité totale de l'une des danseuses) que des gestes allusifs qui portent en eux une dose de sensualité qui se prête bien à la danse ; par exemple, des personnages féminins vêtus uniquement d'un blue-jean et d'un soutient-gorge se livrent à des danses lascives en s'agrippant au pantalon des danseurs, qui les accompagnent en mouvements rythmés avec un grand synchronisme. Et que dire du symbolisme qui apparaît ici et là tout au long du spectacle, si ce n'est qu'il rend hommage à l'histoire avec adresse ? La scène du meurtre se multiplie et s'étale d'un bout à l'autre de la scène, et le sang vermeil semble effectivement jaillir du crâne de chaque Marilou incarnée...
Au final, je ne peux que conseiller ce spectacle à ceux qui désireraient voir Gainsbourg d'une manière autre que l'image qu'on lui attribue d'ordinaire : celle d'un esthète cynique qui a sombré dans les vapeurs de l'alcool. Hier soir, il y avait d'ailleurs quelques places vacantes dans la salle, outre que le spectacle se répétera pour les trois prochaines soirées. Voici, pour finir, un petit extrait qui mettra peut-être l'eau à la bouche...


lundi 7 mars 2011

Sondage Boréal

Le sondage pour la programmation de Boréal est maintenant en ligne, et ce jusqu'au 31 mars prochain. C'est l'occasion idéale de nous faire part des sujets qui vous intéressent ainsi que de nous transmettre vos suggestions. Alors n'hésitez pas à le remplir sur le site du Congrès Boréal, juste ici :

http://www.congresboreal.ca/fr/sondage/

dimanche 6 mars 2011

Un peu de poésie... (6)

sous les masques d’ivoire aux couleurs écarlates
tardent les symphonies à la rougeur d’ivresse
et l’écrivain patient de sa plume imprécise
hurle des harmonies qui se tordent d’inceste

mais les histoires bleues aux funestes nuances
crèvent les ironies des artistes ratés
persistance patience au moine en devenir
de la superstition de l’art et du néant

à quoi bon en souffrir – l’encre n’est que fiction
un amas de bacchus aux vignes lumineuses
aux rimes défaillants – rires des mélodies

sèche tes pleurs d’encens par la joie de l’erreur
et valorise donc plutôt les maladresses
la poésie en prose n’est qu’une enfant déchue