mercredi 14 décembre 2011

Parfum de néant

toi aussi tu es d’essence ectoplasmique
et tu dégages un parfum de néant

car ton apparition est poésie
et ta disparition réalité

c’est pourquoi le poète t’arrache à la mort
et t’incarne en poupée

en bijou fait d’une porcelaine éthérée
si épars et fragile dans ton existence triste


jeudi 24 novembre 2011

Melancholia de Lars Von Trier

Au moment où j'écris ces lignes, une pièce musicale de Nietzsche résonne et l'odeur du café embaume l'appartement. Détails par trop anodins ; après tout, ce parfum flotte dans bien des pièces à travers le monde, notamment là où le jour se lève... Alors, laissez-moi vous faire part d'un sujet plus intéressant : le film Melancholia de Lars Von Trier. Malgré les propos prétendument choquants du réalisateur danois, qui a affirmé publiquement « comprendre l'homme » que fut Hitler, le film a suscité l'intérêt dans le cadre du Festival de Cannes 2011. Et avec raison !
Melancholia raconte l'histoire d'une planète tout juste découverte, car dissimulée derrière le soleil depuis toujours, et dont la trajectoire la conduit tout droit vers la Terre. Deux tableaux s'ensuivent : celui de Justine (Kirsten Dunst), nouvelle mariée qui sombre dans une profonde mélancolie ; celui de Claire (Charlotte Gainsbourg), sœur de la première qui fait tout pour stimuler sa bonne humeur. Or, il n'est pas si simple d'arracher la morosité des rêveurs dont le regard est porté vers le ciel. C'est le cas de Justine, à l'affût d'une étoile rougeâtre qui disparaît subitement, à sa grande inquiétude.


En dépit de son mauvais pressentiment, ses proches se désintéressent peu à peu d'elle tant l'aura de la mélancolie nimbe son âme. Ainsi perd-elle la présence de son mari, de ses parents ; sans oublier l'un des serveurs qui refusent de percevoir ne serait-ce qu'un cheveux d'elle, offusqué qu'elle gâche son mariage de la sorte. Car la mélancolie est source d'idées bizarres, comme prendre un bain afin d'épurer sa conscience, ou encore exposer sur les murs des peintures morbides lors d'une soirée se voulant joyeuse.
Le cas de Clair est tout autre ; elle garde une attitude optimiste et cherche à dissimuler la tristesse de sa sœur. Toutefois, au fil du temps, le masque finit par s'égrener. Les joies artificielles et autres fantaisies succombent à la réalité ; cette rude et impitoyable réalité qui ramène l'attention des protagonistes à Melancholia – planète maudite qui devrait seulement frôler l'atmosphère terrestre, selon l'avis des scientifiques.


Kirsten Dunst est sublime dans son rôle. Son visage exprime merveilleusement la mélancolie qu'elle incarne, et son apathie est d'une grande crédibilité. Il n'est guère étonnant qu'elle ait remporté le prix d'interprétation féminine à Cannes. Décidément, Lars Von Trier choisit bien ses actrices, considérant qu'elle est la troisième à obtenir ce prix dans sa filmographie. Quant à Charlotte Gainsbourg, elle tient fort bien son rôle, quoique plus posé que celui de Dunst. Le changement graduel de son état d'âme est néanmoins rendu avec brio, Claire plongeant dans une angoisse panique à mesure que les heures s'écoulent.
Pour finir, l'esthétique du film est d'une grande beauté. Des images colorées laissent place à des tons plus sombres, alors qu'une musique classique accompagne l'ensemble. Von Trier s'amuse également avec le rythme du film, à la fois lent et précipité. L'attente de l'arrivée de Melancholia est longue, mais les plans s'enchaînent à une vitesse folle. Peut-être est-ce à l'image de la mélancolie ? Cette douleur lancinante qui enflamme l'esprit, reconnue pour être la muse des poètes au cours des siècles ?


jeudi 17 novembre 2011

Les joies, les joies de la mélancolie !

Ô mélancolie ! – Toi, insaisissable atmosphère de l'intériorité, bile noire de l'âme qui porte à sourire tant la suffocation est douce en ta présence ! Alors qu'un Dürer a gravé ton essence à même le cuivre, tu fus la panacée d'un Shostakovich plein d'une inspiration chagrine. C'est par ta faute qu'un Kierkegaard a délaissé sa bien-aimée en voulant lui épargner une tristesse sans fin. Car tu es contagieuse, et ceux qui te fréquentent ne peuvent esquiver ton éther ni le vide qui s'infiltre en leur sein. Et le temps, cet affreux, se mêle en un amalgame chaotique dans l'esprit qui regarde la mort en face et tout le passé qu'elle recèle. Que l'on pardonne cette maladie en admirant les beautés qu'elle engendre à son insu. Que l'on te pardonne, – Ô mélancolie !...

mercredi 16 novembre 2011

Le cracheur de mots

Tout comme le type qui crache jusqu'à venir à bout de sa salive, j'écris ces courtes pensées afin de stimuler mon imagination. Car la spontanéité des idées est une faculté qui se développe par la pratique, quoi qu'en pensent les défenseurs de l'innéité du talent.
Quelques semaines auparavant, un blogueur (ou une blogueuse, je ne me souviens plus), publiait un billet sur le devenir-écrivain. L'existence d'un tel concept peut sembler étonnante, mais il s'avère que certains affirment que l'on naît écrivain. Comme si les manieurs d'histoires étaient des élus littéraires ! Cette vision des choses n'est pas seulement absurde : elle est une source de découragement pour ceux qui cherchent à écrire de manière passive.
Aussi ennuyeux que cela puisse paraître, travailler sa plume et son esprit est plus que nécessaire. Une connaissance des mécanismes de la langue, du monde qui nous environne et de nos propres capacités créatrices ; voilà de quoi épuiser l'énergie de celui qui entreprend de pareils labeurs. Or, les pontes sont d'agréables récompenses. Et c'est une fois le travail accompli que l'on comprend que le tout en valait bien la peine.
Du reste, au même titre que le cracheur à la langue desséchée, mon esprit s'est tari au fil des jours. Le rythme de ce blogue ralentira donc un peu au cours des semaines à venir. En espérant que les prochains billets soient plus riches en contenu !


mardi 15 novembre 2011

Le charme des lacunes

Alors que je lisais Boule de suif, nouvelle bien connue de Maupassant parue en 1880, une réflexion m'est venue à l'esprit : pour qui écrivons-nous ? Des lecteurs, certes, mais de quel acabit ? Les contemporains ? La postérité ? Ceux de notre culture ? Ou encore pour tous et chacun, sans exception ? Car dans Boule de suif, il y a de nombreuses références à la guerre franco-allemande de 1870-71, ainsi qu'à l'empereur Napoléon III, lesquelles m'ont semblé nébuleuses. Et nul doute qu'elles étaient familières aux lecteurs de l'époque. Je me suis donc demandé si le texte de Maupassant avait mal vieilli, s'il fallait être mieux instruit d'un point de vue historique pour mieux le comprendre ou si j'étais simplement un médiocre lecteur.


Or, ne pas saisir tous les éléments d'une histoire a beau agacer le philosophe en moi, cela crée une ambiance particulière qui n'est pas pour me déplaire. Comme si la complexité d'une histoire lui conférait une certaine crédibilité, peut-être illusoire mais tout de même agréable.

lundi 14 novembre 2011

« Baba Love » d'Arthur H


Ces dernières semaines, je n'ai pu m'empêcher d'écouter en boucle le dernier album d'Arthur H : Baba Love. Une musique aux teintes modernes, avec le son électronique des percussions qui se marient aux mélodies simples mais magnifiques exécutées au piano, se mêle à la voix chaude du compositeur. Si une atmosphère enveloppe l'entièreté de l'album, c'est sans contredit celle de la sensualité. La douceur coule à travers une rythmique propice à la danse, comme si des battements de cœur rendaient compte d'un désir latent.
Tel qu'indiqué par le titre de l'album, l'amour est un thème récurrent de Baba Love. Il n'y a qu'à songer au titre « Ulysse et Calypso », dont la musique rappelle « Billie Jean » de Michael Jackson (!), quoique d'un style plus jazzy ; ou encore à « La beauté de l'amour », avec comme chanteuse invitée la charmante Izia (demi-soeur d'Arthur H), chanson plus dynamique avec une basse cadencée et un clavier subtil en arrière-fond. « Dis-moi tout » est certainement la pièce la plus mélancolique de l'album, avec sa lenteur désespérante, le son du vent qui évoque le bord des mers et les paroles répétitives sur l'impossibilité de tout connaître de l'être aimé.


Baba Love s'avère en somme une belle réussite. Arthur H, d'ailleurs reconnu pour avoir composé pour Jane Birkin, Françoise Hardy et plusieurs autres, nous livre ici un album équilibré qui fera frémir les amateurs de chansons tendres et rythmées.

vendredi 11 novembre 2011

L'apport concret de la philosophie

Toute philosophie, aussi contemplative soit-elle, est action. De sorte que la distinction ancienne entre les philosophies actives et contemplatives apparait erronée. Seul le degré de transformation du penseur et de son environnement permet de comprendre ce que voulaient exprimer les Grecs par l'entremise d'une telle démarcation. Mais celle-ci n'en reste pas moins illusoire.


Un penseur réfléchit le monde qui lui est donné ; et toute réflexion est active du fait qu'elle demande un certain effort. Le contemplatif a beau recevoir des informations passivement (par exemple des couleurs, des sons, des sensations...), il les questionne, les analyse et les juge. Certes, le tout se déroule à l'intérieur de lui-même, sans qu'autrui ne s'en aperçoive. De là l'illusion d'une contemplation passive, l'action étant ici incognito. Or, le penseur se transforme par ses méditations, devenant de ce fait quelqu'un d'autre, ce qui détermine ses actions futures et son rapport au monde qui ne cesse d'évoluer.
Ainsi, toute philosophie est action et entraîne des répercussions concrètes, tant au niveau intérieur (individuel) qu'extérieur (naturel et collectif). La philosophie est tout sauf un tas d'abstractions vides.