samedi 7 mai 2011

Programmation Boréal 2011

La programmation de Boréal 2011 est maintenant en ligne sur le site officiel du congrès : juste ici

Quelques panélistes s'ajouteront à la version finale.


L'affiche officiel, créée par Gabrielle Leblanc

vendredi 1 avril 2011

Un peu de poésie... (7)

il est parfois des spectres qui renaissent
soufflés par des vents nouveaux – des lèvres nouvelles
ou encore de ces yeux si cruels et charmants
d’un aura vital empreint de douceur
ennemi du néant de l’essence morbide

et ces êtres de la vie qui en font même leur science
gribouillent des dons sublimes en arrachant les morts de leur bourbier
de leurs mondes souterrains – ô tombes souriantes

mais il est de ces âmes qui se détachent de leur propre noirceur
tel un narcisse crachant dans l’eau
rigolant à la vue des ondes qui l’embrouillent

c’est ainsi que la folie se change en horizon
que l’amour séduit les ectoplasmes en les réincarnant
quant à autrui – dans la fange il se nourrit
hanté par les ressuscités au rire cristallin

vendredi 11 mars 2011

L'homme à la tête de chou mis en danse...


Il y a de ces gens qui, parfois, suscitent en nous un vif intérêt, voire une espèce de fascination entremêlée d'une profonde admiration. Des figures culturelles comme Baudelaire, Nietzsche, ou encore Chopin ont, à certaines époques de ma vie, exercé une influence de cet ordre sur ma personne. Or, depuis près d'un an, c'est Serge Gainsbourg qui fut pour moi une source d'inspiration, non pas tant en raison de la sortie du film Gainsbourg, vie héroïque (à la qualité très contestable) que par quelques évènements qui m'ont amené à découvrir sa musique, sa personnalité et sa vie.
Or, à ce moment-là, par un heureux concours de circonstances, les vingt ans de sa disparition se rapprochaient petit à petit ; en effet, Gainsbourg a succombé à une crise cardiaque le 2 mars 1991. Divers hommages lui ont ainsi été rendu ces dernières semaines ; parmi l'un d'eux, le spectacle de danse intitulé L'homme à la tête de chou, basé sur l'album éponyme, rend compte à merveille du grand respect qu'on attribue à son œuvre depuis déjà quelques décennies. D'autant plus que du 4 au 13 mars, le spectacle se produit tous les soirs à la Place des Arts, et ma copine a eu l'excellente idée de m'y amener en guise de cadeau d'anniversaire. C'est donc avec un bel enthousiasme que j'ai pu apprécier cette énième représentation du spectacle, qui fut plutôt bien applaudi par la critique.


Dès l'introduction de la pièce, un personnage s'approche d'une chaise, seul objet qui revêt une grande importance du début à la fin. L'homme, qui représente manifestement Gainsbourg de par la manière qu'il est accoutré, s'imprègne d'une sorte d'aura qui semble émaner de la chaise ; après quoi les autres danseurs surgissent tour à tour de derrière le rideau pour aussitôt envahir la scène et absorber eux aussi cette énergie mystérieuse qui prépare les chorégraphies à venir. La chanson L'homme à la tête de chou surgit alors des haut-parleurs avec une orchestration quelque peu transformée ainsi que la voix chaude d'Alain Bashung, qui rappelle fortement celle de Gainsbourg. Il est d'autant plus agréable d'entendre la narration sur cette musique rénovée qu'il s'avère sympathique qu'elle provienne d'un ancien ami du compositeur, les deux hommes ayant bu maintes rasades de whisky ensemble.
En ce qui concerne la musique en elle-même, il est à noter que L'homme à la tête de chou est le quatrième album-concept de Gainsbourg. Il s'agit en fait de l'histoire d'un homme complexé qui tombe amoureux de Marilou, une jeune shampouineuse, qu'il finit par tuer à coups d'extincteur sous l'impulsion d'une rage empreinte de jalousie. «Brandissant le cylindre d'acier je frappe paf et Marilou se met à geindre. De son crâne fendu s'échappe un sang vermeil identique au rouge sanglant de l'appareil.» Cet album-concept, paru le 18 novembre 1976, a pris un certain temps avant de devenir un franc succès. Le spectacle de danse, dont les chorégraphies sont l'œuvre de Jean-Claude Gallotta, prouve néanmoins que L'homme à la tête de chou a une certaine importance dans la culture française.


Les chorégraphies enlevantes se règlent parfaitement bien à la musique et sont d'une originalité indéniable. Une atmosphère érotique digne de l'œuvre de Gainsbourg enveloppe le spectacle, tant en raison de la quasi-nudité des personnages (sans compter la nudité totale de l'une des danseuses) que des gestes allusifs qui portent en eux une dose de sensualité qui se prête bien à la danse ; par exemple, des personnages féminins vêtus uniquement d'un blue-jean et d'un soutient-gorge se livrent à des danses lascives en s'agrippant au pantalon des danseurs, qui les accompagnent en mouvements rythmés avec un grand synchronisme. Et que dire du symbolisme qui apparaît ici et là tout au long du spectacle, si ce n'est qu'il rend hommage à l'histoire avec adresse ? La scène du meurtre se multiplie et s'étale d'un bout à l'autre de la scène, et le sang vermeil semble effectivement jaillir du crâne de chaque Marilou incarnée...
Au final, je ne peux que conseiller ce spectacle à ceux qui désireraient voir Gainsbourg d'une manière autre que l'image qu'on lui attribue d'ordinaire : celle d'un esthète cynique qui a sombré dans les vapeurs de l'alcool. Hier soir, il y avait d'ailleurs quelques places vacantes dans la salle, outre que le spectacle se répétera pour les trois prochaines soirées. Voici, pour finir, un petit extrait qui mettra peut-être l'eau à la bouche...


lundi 7 mars 2011

Sondage Boréal

Le sondage pour la programmation de Boréal est maintenant en ligne, et ce jusqu'au 31 mars prochain. C'est l'occasion idéale de nous faire part des sujets qui vous intéressent ainsi que de nous transmettre vos suggestions. Alors n'hésitez pas à le remplir sur le site du Congrès Boréal, juste ici :

http://www.congresboreal.ca/fr/sondage/

dimanche 6 mars 2011

Un peu de poésie... (6)

sous les masques d’ivoire aux couleurs écarlates
tardent les symphonies à la rougeur d’ivresse
et l’écrivain patient de sa plume imprécise
hurle des harmonies qui se tordent d’inceste

mais les histoires bleues aux funestes nuances
crèvent les ironies des artistes ratés
persistance patience au moine en devenir
de la superstition de l’art et du néant

à quoi bon en souffrir – l’encre n’est que fiction
un amas de bacchus aux vignes lumineuses
aux rimes défaillants – rires des mélodies

sèche tes pleurs d’encens par la joie de l’erreur
et valorise donc plutôt les maladresses
la poésie en prose n’est qu’une enfant déchue

mercredi 16 février 2011

La nécessité d'écrire

Dernièrement, mon ami et collègue Guillaume Voisine a rédigé un billet à propos de la vie quotidienne et de l'écriture, qui sont parfois difficilement conciliables. Tout comme lui, je n'ai eu que peu de temps ces dernières semaines pour me plonger tout entier dans mes projets d'écriture. Mais en ce qui me concerne, le besoin d'écrire s'est rapidement fait sentir...
Tandis que certains conçoivent l'écriture comme un divertissement servant à alléger le rude quotidien et que d'autres apparentent la chose à un effort, un travail, voire même un métier, je considère pour ma part l'écriture comme une nécessité, sans quoi un sentiment de vide ne tarde pas à m'envahir. Tristan Tzara a écrit : « J'écris parce que c'est naturel comme je pisse comme je suis malade". Voilà qui traduit parfaitement ma pensée. Il me faut écrire ! une nouvelle, une partie d'un roman, un poème, un journal... N'importe quoi ! En autant que le papier se noircisse de mots, de phrases, d'idées, d'esthétisme... Je considère par ailleurs le retravail d'un texte comme de l'écriture en soi ; car la réécriture s'avère chez moi tout aussi efficace pour assouvir ce besoin impérieux d'écrire.

mardi 15 février 2011

Brève histoire de Kierkegaard

Afin d'être fidèle à la nature spectrale de ce blog, qui n'est pas tout à fait mort, mais qui se manifeste en de rares apparitions, j'évoquerai de manière brève et lacunaire l'histoire d'un philosophe que j'apprécie au point d'en préparer un mémoire dans le cadre de ma maîtrise. Il s'agit de Sören Kierkegaard (1813-1855), philosophe danois qui met de l'avant une pensée de la subjectivité -- en réaction au système philosophique de Hegel, qui vise une certaine forme d'objectivité.
D'entrée de jeu, je souligne que Kierkegaard est un personnage plutôt fascinant, ayant vécu en solitaire pour se consacrer tout entier à l'écriture, subsistant au moyen du seul héritage paternel. Il eut très tôt une éducation religieuse des plus sévères et perdit en l'espace de peu de temps sa mère ainsi que la plupart de ses frères et sœurs. Il se mit alors à croire que ses jours étaient comptés. Dès lors qu'il acheva ses études en théologie et qu'il rompit ses fiançailles avec la seule femme qu'il aura jamais aimée -- Regine Olsen --, il s'empressa d'étaler sa pensée sur le papier en deux œuvres distinctes : l'une philosophique (sous pseudonyme) et l'autre religieuse (signée sous son vrai nom).


Ainsi, dès l'âge de 30 ans, il écrivit avec une verve intarissable. Le jour, il errait dans la ville de Copenhague, accoutré à la manière d'un dandy cynique, canne à la main, haut-de-forme sur la tête ; le soir venu, il se rendait au théâtre, jouant les esthètes nonchalants devant la classe bourgeoise et les amateurs d'art. -- Mais pourquoi s'adonnait-il à une vie aussi légère et insouciante ? La réponse est simple : pour la seule apparence. Une fois rentré chez lui après le spectacle, il allumait le plus de bougies possible pour éclairer sa demeure et, sans même prendre la peine d'enlever son manteau et son chapeau, se mettait à écrire des heures durant, inlassablement, motivé à l'idée qu'il était une exception en ce monde. Il souhaitait ainsi éveiller les gens de leur torpeur au profit du christianisme et de l'individualité ; en effet, le christianisme de Kierkegaard ne concerne en rien l'Église, ni même la doctrine chrétienne ; il s'agit plutôt d'une sorte d'éloge de l'individu, au dépens de la science et de l'histoire.
Et si Kierkegaard se dissimulait sous le masque d'un parfait dandy, c'était avant tout pour cacher son activité littéraire -- bref, une simple ruse philosophique en vue de séduire les lecteurs, par le truchement de l'esthétisme, vers les idées religieuses qu'il tenait tant à cœur. Mais, hélas pour lui ! seul son Journal du séducteur a su éveiller l'intérêt du grand public alors qu'il publiait en parallèle les Discours édifiants...
Il n'en demeure pas moins que Kierkegaard fut un maître incontesté du déguisement, un être mélancolique qui se cachait sous divers masques afin de supporter le spleen qui pesait lourd sur ses épaules. -- N'est-il pas d'ailleurs reconnu comme étant le philosophe de l'angoisse, du désespoir et de l'absurde ?
Le plus surprenant est qu'à chacun de ses ouvrages philosophiques, Kierkegaard en fit imprimer deux exemplaires en vélin : le premier pour lui, l'autre pour Regine -- livres qui tombèrent entre les mains de celle-ci seulement à la mort du philosophe danois. Il est d'ailleurs étonnant qu'il ne lui ait offert aucun ouvrage religieux ; sans doute était-il conscient que ces derniers écrits ne concernaient que lui et son mal de vivre.
Il est au demeurant inutile d'entrer dans les détails de sa pensée, ce blog se voulant davantage ludique que technique. Libre à ceux qui s'y intéressent de dénicher par eux-même les ouvrages de Kierkegaard -- ouvrages d'une rare beauté littéraire en philosophie...